Dans le cadre de la semaine du développement durable, qui s’est déroulée du 1er au 7 avril 2011, dont le thème cette année était « Changeons nos comportements ! » et dont nous parlions dans notre article du 31 mars dernier, un documentaire était incontournable : le film "Waste Land".
Pendant 3 ans, la réalisatrice Lucy Walker a accompagné l’artiste brésilien Vik Muniz à Jardim Gramacho, - dont la traduction française est jardin ! - dans l’une des plus grandes décharges d’Amérique Latine située dans la banlieue de Rio de Janeiro.
Retour sur 3 dates clés
1970 : Création de la décharge. A cause de crises successives, cette décharge fut envahie par une communauté de chiffonniers.
1995 : Réhabilitation de la décharge et avancées sociales pour ceux que l'on appelle les catadores (ramasseurs de matières recyclables) : interdiction du travail des enfants, création de l’Association des ramasseurs de déchets recyclables de Jardim Gramacho (ACAMJG), création de standards sanitaires, d’une clinique et d’un centre de formation…
2012 : Date prévue de fermeture de la décharge...
Des chiffres hallucinants
7000 tonnes arrivent chaque jour à Jardim Gramacho dont 70 % sont des ordures ménagères produites par la ville de Rio et sa périphérie,
- 3 000 à 5 000 catadores y travaillent mais seuls 1 752 sont officiellement déclarés,
- 13 000 personnes sont recensées comme entièrement dépendantes du commerce des matériaux recyclables,
- 200 tonnes par jour de déchets sont ramassés, ce qui place la décharge à la 1ère place mondiale en taux de recyclage (89 % des déchets recyclés),
- les catadores travaillent 16h/jour pour gagner 20 à 25 dollars/jour...
Ce film nous renvoie à nos propres habitudes de consommation et à la responsabilité de l’artiste qui propose une parenthèse enchantée à des personnes qui vivent de l’autre côté du système de consommation. D’ailleurs, Vic Muniz et Lucy Walker ont toujours eu en toile de fond les questions suivantes : Quel est le réel pouvoir de l’art ? Une œuvre peut-elle changer une vie ? Et quelles en seront les conséquences ?
En jetant quelque chose dans notre poubelle, on s’imagine que cela va aller à un point précis et finir par disparaître, mais c’est l’inverse qui se produit.
Vic Muniz, qui transforme les photos en grands collages élaborés à partir de déchets, a reversé 100 % des ventes issues des Pictures of Garbage (250 000 dollars tout de même) à l’ACAMJG. Cette somme a été employée pour financer de nouveaux logements, un centre d’apprentissage, une bibliothèque….
Waste Land a ainsi mis en lumière, un groupe d’individus dignes, honnêtes (ce qui signifie avoir échappé à la prostitution, à la drogue, au crime) qui donne de la valeur à ce qui n’en a plus et qui a une réelle utilité sociale. Ce film leur a permis de faire enfin valoir leurs droits et même de contrôler les prix des matériaux recyclables dans certaines régions du pays. Pour les catadores, c’est tout simplement la reconnaissance du fait que leur vie compte. En février 2011, un groupe d’entrepreneurs a d'ailleurs visité la décharge afin d'observer le processus de recyclage qu'ils avaient mis au point.
Le Brésil a 20 ans de retard en matière de recyclage et l’ACAMJG veut faire pression sur le gouvernement dans le cadre des nouvelles lois sur la gestion des déchets pour obliger les compagnies de recyclage à employer les personnes qualifiées que sont les catadores. La preuve : ils arrivent à différencier cinq genres de plastiques, seulement en les touchant ou au bruit !
La récupération informelle des déchets présente des risques et dangers sanitaires, mais elle permet à une partie de la population de survivre. La fermeture prévue pour début 2012 devra donc prévoir un plan social pour maintenir cette économie locale.
Bref, une toute autre manière d'appréhender le recyclage des matériaux !


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